Un roman pour ados qui parle de fanzine !

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Le fanzinat est une activité qu’on démarre souvent à l’adolescence et dont il est rarement question (jamais ?) dans la littérature jeunesse. Samantha Bailly a utilisé son expérience en la matière pour raconter l’amitié de deux lycéennes aux caractères complémentaires. Sonia, qui veut devenir écrivain, décide un jour de passer le cap et d’entrer dans le camp des « gens qui publient ». Elle s’inscrit donc sur le forum de l’association Trames pour avoir des retours sur ses textes. Cette décision lui permet de rencontrer Lou, une adolescente de son âge, qui veut vivre de son dessin. Encouragée par une rédactrice en chef, plus aguerrie qu’elles, elles vont collaborer pour faire des récits illustrés et des BD. Bien sûr, le fanzinat n’est que le décor d’un roman qui parle avant tout d’amitié, des rapports aux parents, des premières histoires d’amour, du mal-être adolescent en général… Des problématiques qui n’intéresseront pas tout le monde, mais ici, c’est le cadre qui nous intéresse !

C’est en lisant les interviews de Samantha Bailly et non ses biographies, qu’on trouve des mentions de ses expériences dans le fanzinat. Elle remercie souvent Miya qui est « [son] alter égo niveau crayon, une rencontre artistique et amicale inoubliable ». Miya est une dessinatrice qui a créé le fanzine Carte Blanche au début des années 2000. Ce zine est lui-même issu de la rubrique « courrier des lecteurs » du manga Fushigi Yugi de Yuu Watase (éd. Tonkam). L’éditeur laissait une grande place à ces participations (textes, dessins, BD…). Cela a pris tellement d’ampleur, qu’une fois la série terminée (en 18 tomes), des fans ont décidé de prolonger cette expérience en créant le fanzine Carte Blanche qui a connu au moins 7 numéros. En 2007, Miya publie Vis-à-vis, une BD au format manga aux éditions Pika. Ça s’était la part historique, revenons au roman en lui-même et sur ce qu’il dit du fanzinat.
Sonia, le premier personnage à apparaître, veut une expérience de publication. D’abord, elle soumet un texte court aux participants du forum, ce qui va lui permettre d’intégrer l’équipe de rédaction du fanzine. Elle a une vie sociale bien remplie, elle ne se cherche pas une autre vie, mais un lieu d’expérimentation.

Lou est très différente puisque, pour elle, le dessin est une thérapie. Elle est mal dans sa classe et s’investit beaucoup dans le fanzine pour oublier les moqueries qu’elle subit au lycée. Les rencontres qu’elle va faire grâce au fanzine vont lui permettre d’exister autrement. En effet, ses dessins sont très appréciés et suscitent l’admiration de tous. Elle va donc prendre confiance en elle et trouver la force de surmonter ses problèmes.

La rédactrice en chef, Sarbacane, est une fanzineuse aguerrie qui connaît des dessinateurs devenus pro. Mais, elle souhaite continuer à aider des jeunes à progresser et c’est pour cela qu’elle fait du fanzine. Son autorité et sa bienveillance sont aussi incontestables qu’incontestées. Trames n’est pas un fanzine ouvert à tous, il faut l’accord des participants pour entrer dans l’équipe car « le fanzine a pour but de rester à une échelle familiale ». Ce fonctionnement se fait uniquement par le biais du forum. Les dessinateurs et les rédacteurs ne peuvent se rencontrer que lors de Japan Expo où l’association a un stand dans l’espace des « Jeunes créateurs ».

Là, je dois faire une parenthèse pour ceux qui ne connaissent pas le fonctionnement de Japan Expo : il y a un village « fanzine » et un espace « jeunes créateurs ». La location d’un stand sur ce deuxième coûte plus cher que le premier, mais bénéficie d’une meilleur visibilité et d’un équipement plus conséquent. Il y a donc un segmentation des fanzines entre les « pauvres » et les « riches »(car il s’agit bien d’une différence d’investissement et pas une distinction qualitatif). Pour voir tous les fanzines présents à ce festival, il faut donc visiter ces deux espaces.

Le dernier personnage à faire partie de l’équipe de Trames est Eru Roraito. Un mystérieux écrivain qui profite de l’anonymat du forum. Il en effet aussi question de ce rapport aux identités virtuelles. Sonia et Lou s’entendent très bien, mais cette amitié naît sur le net inquiète les adultes.

Le fanzinat est donc présenté comme un lieu d’épanouissement pour les adolescents, un espace où ils peuvent s’affranchir des codes de la meutes (le look, l’apparence, la confiance en soi…) et montrer leur valeur par leurs créations (textes ou dessins). On regrettera, cependant, que les héroïnes aient un objectif de professionnalisation. Le fanzine est encore vu comme un moyen et non comme une finalité. Le but n’est pas d’avoir ce espace de liberté, mais de passer pro. Voici un extrait du roman où Lou présente la démarche à Sonia (p.40-41) :
« Yuna [pseudo de Sonia] : ça doit être génial de voir ses créations publiées !
Tiamat [pseudo de Lou] : Oui, mais attention, ça reste un fanzine. C’est un boulot d’amateur. L’idée, c’est ensuite de les vendre lors de Japan Expo au mois de juillet. Sarbacane prend un stand pour l’association, dans l’esoir d’attirer des professionnels.
Et professionnels, c’est l’objectif ! « 

Malgré cela, ce roman plaira aux fans de manga qui reconnaîtront les références à leur univers (Nana, Death Note…) et pourra faire naître l’envie de commencer une aventure éditoriale.

Nos âmes jumelles
de Samantha BAILLY
édition : Rageot (Hors collection)
ISBN 978-2-7002-4288-1
Prix : 12,90€
à partir de 13 ans
Série en plusieurs tomes. Le deuxième sort le 16 février 2016.
Résumé éditeur : L’une est blonde, l’autre brune. L’une solaire et populaire, l’autre timide et solitaire. Sonia dite Yuna écrit pour une association, Trames, qui publie un fanzine. Elle y rencontre Lou-Tiamat, qui s’affirme dans l’art du dessin suite au divorce brutal de ses parents. Leur amitié virtuelle se double d’échanges sur leurs créations et leur vie affective. Jusqu’au jour où les deux jeunes filles se rencontrent un week-end autour d’un projet…

http://www.samantha-bailly.com/

 

Pour en savoir plus (notamment sur le projet de BD de Samantha Bailly et de Miya) :

http://www.journaldujapon.com

Interview de Samantha Bailly sur Babelio

Interview de Miya (ça date un peu, mais elle raconte son expérience fanzine)